Les discussions IADU avec Olivia Pierre

© Duy Laurent Tran

Pour cette dernière édition avant l’été, découvrez Olivia Pierre, membre de la nouvelle promotion IADU. Olivia Pierre développe SKINS, un projet chorégraphique, programmé au Summer Dance Forever 2026.

« SKINS »

Tu as débuté la danse à 5 ans, en quoi cette pratique t-est-elle organique ?

J’ai commencé la danse à l’âge de 5 ans. À l’époque, j’étais une enfant très timide et c’est ma meilleure amie de l’époque qui m’a poussé à m’inscrire à une activité. Mon premier cours de danse a été une véritable révélation : je suis immédiatement tombée amoureuse de cette pratique. Au-delà du mouvement, j’ai découvert le plaisir d’apprendre, de progresser, de me dépasser, mais aussi la rigueur et la discipline que demande la danse. Elle m’a aidée à construire mon identité, à trouver ma place dans un groupe et à grandir jusqu’à devenir la femme que je suis aujourd’hui. La danse m’a également ouvert les portes de la culture hip-hop. Avec ce que mes parents m’ont transmis à travers la musique, elle a façonné une grande partie de ma personne et de mes valeurs. Aujourd’hui, elle fait pleinement partie de moi : ce n’est pas seulement une pratique artistique, c’est un langage, un repère et une manière d’être au monde.

En janvier 2026, tu intègres la promotion IADU pour ton projet SKINS. Est-ce que ce nom est apparu comme une évidence ? Que révèle-t-il ?

Le titre SKINS est arrivé assez tard dans mon processus de création. J’avais déjà commencé à développer la pièce avant de trouver le nom qui lui correspondait vraiment. Dès le départ, je savais que ce projet allait m’exposer davantage : en allongeant le temps de création et en approfondissant mes intentions artistiques, j’acceptais de montrer davantage de moi, avec mes qualités comme mes fragilités. Rien que cette démarche me semblait profondément vulnérable. La première image qui m’est venue a été celle de la peau. Puis, en approfondissant cette intuition, j’ai commencé à penser aux processus de mue, aux différentes couches que l’on porte et que l’on retire progressivement. Cette idée est devenue un axe fort de la création. En parallèle, je me suis inspirée de l’univers du jeu vidéo. Mon petit frère, joueur de tournoi, me parlait souvent des skins, ces apparences que l’on choisit pour représenter son personnage. Comme j’ai moi-même longtemps été gameuse, ce mot a naturellement résonné. Il faisait le lien entre la peau, l’identité, les apparences et les différentes versions de soi que l’on choisit, ou que l’on laisse voir. L’univers du jeu vidéo, avec ses couleurs franches, ses codes visuels très marqués et son rapport à l’identité, nourrit également mon imaginaire. SKINS est né de la rencontre entre ces deux univers : la vulnérabilité de la peau et les multiples apparences que l’on revêt pour évoluer dans le monde. 

Pourquoi évoques-tu la vulnérabilité comme matière dans SKINS ?

La vulnérabilité est au cœur de SKINS parce que, pour moi, le simple fait de créer cette pièce est déjà un acte profondément vulnérable. C’est un projet dans lequel je m’autorise à montrer davantage de moi, sans chercher à tout maîtriser. C’est aussi un sujet qui fait écho à mon parcours. En tant que femme noire, issue de la culture hip-hop et de la banlieue, j’ai grandi avec l’idée qu’il fallait être forte, tenir bon, ne pas montrer ses fragilités et avancer coûte que coûte. J’ai souvent occupé une position de leader, avec la responsabilité de porter les autres et de les entraîner avec moi dans mes ambitions. Avec SKINS, j’ai eu envie de me mettre dans un espace plus inconfortable, où je puisse exprimer cette part plus intime : la fragilité, la lassitude, la fatigue, mais aussi l’acceptation de ne pas être toujours solide. Cette vulnérabilité ne s’incarne pas seulement dans les mouvements ; elle traverse surtout l’intention de la pièce. C’est une manière de questionner ce que l’on choisit de montrer de soi, et ce que l’on cache, en laissant apparaître des émotions qui, jusque-là, avaient peu de place dans mon travail.

Quel est le calendrier à venir et les projets que tu souhaiterais impulser ? 

Les projets à venir pour SKINS commencent avec notre première représentation sur scène au festival Summer Dance Forever, le 27 août prochain. On y présentera 40 minutes de la pièce avec cinq interprètes au plateau : Hinako Nakayama, Laurine Mocques, Hamza Bouzidi, Nathan Ilunga et moi-même. Ensuite, plusieurs dates sont déjà en préparation. On fera notamment la première partie de Philippe Lafeuille au Grand Théâtre de Calais le 7 novembre prochain, on participera à deux dates du festival Encore, organisé par la Place Hip Hop notre partenaire, et on jouera aussi quelques dates au Studio Théâtre Stains en février prochain. D’autres rendez-vous sont encore en cours de construction et sont prévus pour dès la rentrée de janvier 2027. L’idée, à travers toutes ces étapes, c’est aussi de propulser le projet vers l’Europe et l’international, pour que notre travail puisse toucher un public plus large, au-delà de nos frontières. En parallèle de la pièce dans sa version intégrale de 45 minutes, on développe aussi une version courte, pensée comme un show de 10 à 15 minutes, avec entre cinq et dix interprètes au plateau. Une seconde équipe est déjà prête, elle s’entraîne, et on est impatientes de pouvoir montrer cette nouvelle forme. 

En plus de ce projet de création, tu as été la marraine des élèves de seconde du Lycée Turgot, comment s’est passé cette expérience ? 

Être la marraine du lycée Turgot a été pour moi une expérience très enrichissante et très spéciale, parce qu’elle s’est superposée à un planning déjà assez chargé avec la compagnie. Mais justement, au lieu de le vivre comme du travail, c’était plutôt une bouffée d’air frais de pouvoir travailler avec les jeunes, et surtout être témoin  au 1er plan de la chance d’être dans ce dispositif qui met en valeur les danses hip-hop. Pouvoir partager cette même passion avec leurs camarades de classe, avec leurs professeurs, et avoir l’opportunité d’être accompagnés par des artistes qui viennent développer leur art avec eux et les préparer au show de fin d’année, je trouve ça vraiment cool. Et puis, ça m’a aussi rappelé des choses : il y a eu un peu de nostalgie, tout en étant excitée à l’idée de créer quelque chose qui leur ressemblerait, à travers mon travail. Ça a été une expérience super enrichissante, qui m’a énormément touchée et marquée. J’ai gardé un très bon lien avec chacun des élèves avec qui j’ai travaillé, et je les regarde encore de loin, d’ailleurs. Hâte de voir leur progression ! 

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