Les discussions IADU avec Mounir Amhiln

© Cie Rodin

Mounir Amhiln a intégré l’incubateur IADU en janvier 2026. Pendant les deux années d’accompagnement, il développe son projet « Aqua » avec un format performance et une création pour plateau.

« Aqua » : UNE CRÉATION DE LA COMPAGNIE RODIN

Que représente Rodin, le nom de ta compagnie ?

Rodin, c’est d’abord la tour dans laquelle j’ai grandi. Un bâtiment imposant, presque un monument dans la ville, où vivent près de 1000 personnes. C’était un point central du quartier, un vrai repère. Très vite, “Rodin” est devenu une forme d’appartenance. On l’ajoutait à nos pseudos, comme pour dire d’où on vient. Aujourd’hui, donner ce nom à ma compagnie, c’est prolonger ce geste, et ça m’a paru naturel, sans trop réfléchir. C’est aussi là que tout a commencé pour moi, dans la danse. Et dans un second temps, il y a une référence à Auguste Rodin : cette manière de capter le mouvement dans la matière, de figer du vivant sans le rendre figé, avec des corps en tension, de l’énergie, de l’impact.

Tu as présenté en février 2026 un premier extrait de la création « Aqua » à Césure, que retires-tu de cette expérience ?

Ce que je retiens de cette expérience à Césure, c’est d’abord un vrai terrain d’expérimentation. Cette première forme avec musicien live, notamment la guitare sur scène, nous a permis de tester des choses concrètes face au public. Ce qui est intéressant, c’est que certains retours des spectateurs ont mis des mots sur des intentions qu’on n’avait pas cherché à rendre explicitement lisibles. Ils ont perçu des choses gardées en sous-couche, comme des pistes de lecture. Ça a été précieux pour la suite. Cette date nous a confirmé une direction et nous a donné l’envie de développer une forme courte, plus légère, en parallèle de la forme plateau qui reste le cœur de « Aqua ». Cette version in situ avec musicien live n’est pas une alternative, mais un prolongement : un moyen de faire vivre la pièce dans d’autres espaces et de rester en contact direct avec le public entre les étapes de création. C’est donc une rampe de lancement et un outil de travail vivant. Encore merci aux organisateurs de cet événement.

La musique fait partie intégrante de ton projet, comment s’articule-t-elle avec la danse et d’autres disciplines ?

La musique est centrale dans mon processus. Je crée très souvent à partir d’elle, parce que c’est elle qui déclenche le mouvement. Elle m’amène dans des énergies, des rythmes, des images qui viennent naturellement dessiner du geste. Certaines musiques fonctionnent comme des bandes originales : elles me racontent des scènes, des relations, des atmosphères. C’est ce qui me met en improvisation, en recherche. Je danse sur de longues périodes, je me filme, puis je reviens sur ces moments pour voir ce qui émerge naturellement du corps. C’est à partir de là que je construis : je sélectionne, je transforme, je chorégraphie.

Dans « Aqua », j’ai voulu prolonger ce lien en intégrant des musiciens live, en version enregistrée. Je suis très sensible à la musique organique et aux instruments réels, notamment la percussion et la batterie, très liées au breakbeat, qui fait partie de mon ADN. Ces matières viennent nourrir la pièce et son écriture sonore.

La pièce « Aqua » est prévue pour l’automne 2027, quelles sont les étapes et enjeux avant cette période

L’enjeu principal est de développer une forme d’environ 30 minutes entre l’automne et l’hiver 2026. Cette étape permet de stabiliser une première matière chorégraphique et de la confronter à différents espaces de plateau, afin de la tester, l’ajuster et comprendre comment elle réagit selon les contextes de diffusion. En parallèle, le travail de création continue sur plusieurs axes : l’écriture musicale, l’intégration du dispositif scénique, et l’exploration d’outils et de principes liés à la magie nouvelle, qui viennent enrichir la dramaturgie et la perception du mouvement. Enfin, la forme courte in situ avec musiciens live continue d’exister à côté. Elle accompagne les danseurs en direct et permet de garder un lien actif avec le public tout en nourrissant le processus de création.

Souhaites-tu profiter de cet espace de discussion pour transmettre un message particulier 

Ce projet est encore en construction, et c’est précisément ce qui m’intéresse aujourd’hui. Chaque étape de présentation n’est pas une finalité, mais une matière de travail supplémentaire. Le regard du public, les espaces, les contextes viennent nourrir la pièce et en déplacer les lignes. C’est dans ce mouvement-là que « Aqua » se construit, progressivement, au contact du réel. Je souhaite aussi remercier IADU ainsi que l’ensemble des partenaires et coproducteurs qui soutiennent déjà le projet et permettent à ce travail d’exister dans la durée.

Performance de la compagnie Rodin à Césure


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