Nouveau format, nous accueillons des personnalités du monde de la danse à partager, échanger, dessiner de nouvelles portes. Pour cette première édition, Leïla Miretti et Julie Rilos, membres de la nouvelle promotion IADU, nous dévoilent leur processus de recherche et de création pour la pièce « SSODADE ». En mars 2026, elles bénéficieront d’une semaine de résidence à la Halle aux Cuirs.
« SSODADE » : UN DUO EN COURS DE CRÉATION
Pouvez-vous vous présenter ? Comment ce duo Dosswé est-il né ?
Nous sommes Leïla Miretti et Julie Rilos, danseuses professionnelles et artistes pluridisciplinaires. Au-delà de la danse nous explorons la couture, le crochet, la réalisation, autant de disciplines qui nourrissent notre univers.
Notre amitié est née il y a 10 ans à la Juste Debout School (2016-2019). Originaire de La Réunion et la Martinique, pourtant l’impression d’avoir grandi ensemble, nous partagions les mêmes musiques, clips, l’humour, parfois même les souvenirs. Chacune se retrouvait dans l’autre, nous nous sommes formées mutuellement, autant humainement qu’artistiquement. Notre duo est né officiellement en 2022, officieusement nous créions depuis 2016, et nous n’avons jamais cessé. C’est à l’occasion d’un appel à projet à l’occasion de l’exposition « Basquiat x Andy Warhol », que nous avons créé Dosswé. Bien que nous n’ayons pas été sélectionnées, nous avons décidé d’exploiter au maximum cette matière en participant à plusieurs concours chorégraphiques, ce qui nous a poussés à trouver notre nom, à parfois allonger la pièce, ou approfondir notre propos. Peu à peu l’envie d’aller plus loin, de bâtir quelque chose de concret s’est imposée. Nous nous sommes projetées en tant que compagnie.
Que représente votre première création SSODADE ?
SSODADE, trouve d’abord son origine dans notre nom Dosswé. En créole réunionnais, « Doss » signifie « c’est bien », tandis qu’en créole martiniquais, « Swé » signifie « transpirer », mais désigne aussi, dans le langage courant antillais, un moment où des amis se retrouvent pour pratiquer une activité sportive ensemble.
De là est né le mot SSODADE, qui reprend « Doss » écrit à l’envers. Il fait également écho au mot « saudade », en créole cap-verdien, qui évoque un sentiment profond de nostalgie. Nous avons quitté nos îles pour poursuivre un rêve, en laissant nos familles, nos repères. Cette première création représente notre parcours : celui de deux jeunes femmes qui osent partir, arrivent à Paris avec leur héritage culturel, intègrent une formation de danse et se plongent pleinement dans la culture hip-hop, dans laquelle nous naviguions déjà. Mais ce chemin s’accompagne de doutes : comment faire cohabiter ces cultures ? Est-ce légitime ? La peur de dénaturer l’une au profit de l’autre ? Peu à peu, nous comprenons que cette dualité fait partie de notre histoire. Nous choisissons alors d’assumer pleinement nos identités et de faire dialoguer nos héritages.
Vous évoquez les danses afrodescendantes et la culture hip-hop comme des éléments fondateurs de votre approche chorégraphique, pouvez-vous nous en dire plus ?
Comme évoqué plus haut, nous nous sommes beaucoup interrogées, durant notre formation, sur notre légitimité. En arrivant dans une ville comme Paris, où tout semble catégorisé, soit tu fais de la house dance, soit du hip-hop, soit tu es old school, soit new school, soit tu fais de la chorégraphie, soit tu fais du freestyle, soit tu es hip-hop, soit tu ne l’es pas. Les gens sont surpris quand tu fais autre chose, de ce qu’ils attendaient de voir. À un moment, nous ne savions plus si nous étions toujours alignées avec la culture à laquelle nous voulions appartenir et avec la culture qui nous a construites, celle avec laquelle nous avons grandi et qui nous définit profondément.
Avec le temps, nous avons compris que chacun a son histoire et son propre parcours. Il existe des fondamentaux, mais ce qui les nourrit, c’est l’authenticité. Pour cette première création, nous avons voulu poser cet élément fondateur de manière à mettre à plat nos questionnements et à nous présenter telles que nous sommes, avec des influences afro-descendantes et caribéennes.
Quel est votre processus de recherche et de création (écriture, costumes, son…) ? Quels sont vos inspirations ?
Nous nous inspirons instinctivement de nos îles, La Réunion et la Martinique, notamment à travers les sonorités et instruments du maloya et du bèlè, mais aussi de la culture hip-hop et house qui structure notre parcours. Nous puisons également dans les costumes traditionnels des îles, ainsi que du Gabon, une terre qui fait partie de l’héritage familial de Leïla. Nous observons les motifs, les coupes, les textures et les couleurs, que nous mêlons à notre esthétique streetwear, celle que nous portons au quotidien.
Nos inspirations sont également nourries par diverses productions audiovisuelles comme des clips, courts et longs métrages qui nourrissent notre écriture dramaturgique, notre approche de la lumière et de la scénographie. Les magazines, ainsi que des moments simples du quotidien qui nous ont marquées ou touchées, participent également à la construction de notre création.
Qu’est-ce qu’évoque l’héritage culturel pour vous ? Quelle en serait votre définition ?
Pour nous, l’héritage culturel peut être à la fois immatériel et matériel. Il regroupe tous les éléments qui traduisent un sentiment d’appartenance à un peuple, un pays. Ça peut être un style de musique, une manière de cuisiner, des croyances, ou encore une façon de s’exprimer. Par exemple, dans les îles, les dimanches sont souvent synonymes de pique-nique en famille sur la plage. Ce sont tous ces moments qui nous relient et construisent une identité commune que l’on partage avec celles et ceux qui ont grandi avec ces moments.
L’héritage, c’est aussi choisir de perpétuer à notre échelle les valeurs et les savoirs que l’on nous a transmis, en en gardant les aspects positifs, pour les transmettre à notre tour. C’est une manière de ne pas être oubliés, de continuer à vivre à travers celles et ceux qui chérissent et font vivre cet héritage. Pour nous, il s’agit de retranscrire cet héritage dans notre pièce à travers la musique, en y intégrant les rythmes de nos musiques traditionnelles, mais aussi à travers notre manière de nous habiller, avec « le maré hanche » (du mot maré en créole qui signifie « attacher »). Ou encore notre façon spécifique de nous mouvoir et d’occuper l’espace.
Où en êtes-vous dans cette création ? Quel est votre calendrier ?
Actuellement, la pièce dure 11 minutes et nous souhaitons la développer vers un format de 30 à 35 minutes. Nous voulons approfondir le travail de la bande-son afin de créer une ambiance pleinement en accord avec notre vision artistique. Nous disposons déjà d’une matière chorégraphique riche, mais nous souhaitons ralentir, créer des espaces et des respirations, afin de permettre au public d’apprécier chaque étape de l’évolution que nous traversons tout au long de la pièce.
Concernant notre calendrier, nous avons déjà entamé les recherches musicales et le travail autour des costumes. Un premier temps de résidence est prévu à la Halle aux Cuirs du 16 au 20 mars, suivi d’un second du 18 au 22 mai, avec une sortie de résidence à l’issue de cette période. Enfin, le 13 mars, nous serons présentes à la L2P Convention lors d’un talk et nous présenterons un extrait de 10 minutes de notre pièce « SSODADE ». Nous sommes aussi dans l’attente de réponses d’appels à projets.
Voir aussi
Julie Rilos et Leïla Miretti
La compagnie Dosswé est née de la rencontre de deux amies, Julie Rilos et Leïla Miretti, venues de deux îles…